POURQUOI J’AI ÉTÉ BEAUCOUP PLUS AFFECTÉ PAR L’ATTENTAT DE CHARLIE QUE JE NE L’AURAIS IMAGINÉ.

J’ai cet article en tête depuis quelques heures maintenant. Ce n’est qu’un texte parmi tant d’autres qui ont fleuri, sans aucune prétention, sûrement pas aussi beau ni aussi poignant, mais au moins aussi sincère. Très largement inspiré par celui-ci:

J’ai mis un moment à réaliser l’ampleur de la chose. J’ai appris la nouvelle, hier, par texto: “T’as vu pour Charlie Hebdo ?”. Non, je n’avais pas vu. J’étais malade, je venais de réussir à me traîner en cours. Quand j’ai appris, ça n’a pas été le choc, non. Je me suis juste dit “C’est terrible”. C’est tout ce que j’ai trouvé à répondre d’ailleurs. C’est en y pensant que le choc est venu, lentement mais sûrement, une nausée bien plus intellectuelle que physique.

Je ne vais pas faire semblant pour surfer sur la vague: je n’étais pas un lecteur de Charlie Hebdo. Je n’étais même pas si proche que ça de leurs positions. Si j’avais discuté politique avec Charb, Cabu et les autres, ils m’auraient sûrement traité de social-traître. Si je leur avais parlé de mes études, ils m’auraient sûrement pris pour un requin de la finance sans foi ni loi. Il m’est même arrivé de les trouver un peu obsédés par l’Islam, ou au moins imprudents quant à la manière dont pourraient être tournées leurs caricatures. Mais aujourd’hui, moi le rose timide, j’admire leur rouge flamboyant. Moi qui hais les imbéciles heureux qui sont nés quelque part, je ne me suis jamais senti aussi Français. Moi qui n’ai jamais partagé un hashtag ou changé ma photo de profil pour une grande cause, j’ai mis tous mes profils en deuil. Moi qui n’ai pas mis les pieds dans une manif’ depuis 2002 (par manque d’envie, de conviction, de temps), je regrette amèrement de ne pas avoir participé au rassemblement spontané Place de la République hier, et je garantis que ce week-end j’y serai. Moi l’athée complet, j’espère qu’il existe un Grand Manitou, histoire qu’ils aient quelqu’un à qui casser les couilles pour l’éternité, et qu’ils puissent pisser sur tous les cons du haut de leur nuage. Moi l’anti-clérical, j’irais bien passer mon bras autour des épaules de Jésus, Mahomet et consorts pour les consoler et leur dire que oui, vraiment, “c’est dur d’être aimé par des cons”.

Alors non, je ne vais pas non plus dire que je suis blessé dans mon cœur, je laisse cela à leurs lecteurs, à leurs amis, à leurs familles. Mais je suis profondément blessé dans mes valeurs, dans mes croyances, dans mes idées. Ces gens-là nous étaient nécessaires, parce que dans une République comme la nôtre, on a besoin de garnements irrespectueux, d’obsédés irrévérencieux, de syndromes de la Tourette des médias comme eux, pour aller mettre un petit doigt dans le cul des prudes, pour aller gratter la crasse des politiques, pour tourner en ridicule la sainteté des religions. Dans notre putain de société du politiquement correct, remplie de cynisme, de renoncement politique, de blasement, c’était des gamins rêveurs et insolents. Ils avaient un idéal qui résonne avec la devise de notre pays. Je vais me permettre une comparaison qui ne leur plairait sûrement pas (mais si l’on ne peut pas être irrévérencieux avec eux, avec qui peut-on encore l’être ?): je les aime pour la même raison que j’ai aimé François Hollande durant la Manif’ pour Tous. S’ils arrivaient à autant faire chier les fachos et les intégristes de tout bord, alors c’est que ces gens-là partageaient mes valeurs. C’est pour ces valeurs qu’ils sont morts, et c’est pour ça que je souffre aujourd’hui. Jamais je n’aurais imaginé que notre pays, qui se veut encore symbole de liberté, d’insoumission, de démocratie, on doive encore mourir pour ses idées. Et j’espère que les animaux qui vous ont assassinés, vous avez eu le temps de leur faire un dernier bras d’honneur.

Ce qui augmente encore ma tristesse, c’est la récupération politique qui va s’organiser à plus ou moins court terme autour de leur mort tragique. Je vois déjà les Le Pen, les Zemmour, tous ces charognards vendeurs de terreur qui tournent autour de vos cadavres, et cela me désole. J’ai peur pour les musulmans qui n’ont rien à voir avec ces histoires et qui vont en faire les frais. Putain, quitte à mourir en martyrs de la République (le comble pour vous, non ?), vous auriez pu faire gaffe à ça quand même !

Mais j’espère que ça vaudra le coup (et non, Wolinski, je ne pense pas à tes 72 cochonnes !), que vous ne serez pas morts en vain. Ce qui m’a le plus ému dans cette histoire, c’est la réaction de mon pays. Ma France, je l’ai toujours aimée, mais ces derniers temps elle ne m’a pas souvent donné l’occasion d’être fier d’elle. Mais là, je l’ai vue s’unir d’une manière sincèrement émouvante. Tout le monde (peut-être pas, mais disons une grande majorité) a été choqué. Tout le monde pleure votre mort. Tout le monde pleure cette attaque contre nos libertés fondamentales. Tout le monde prévient de faire attention aux amalgames. Alors oui, contre la menace de notre liberté, unissons-nous. J’aimerais que la mort de quelques amuseurs publics rassemble plus que toutes les causes qui peuvent parfois nous diviser.

Et une chose est certaine: moi, mercredi, j’achèterai Charlie.

#JeSuisCharlie

Source : Je suis fatigué de dormir

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